Citation

"Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux."
(Benjamin Franklin)

dimanche 30 mai 2010

Maître Tartatruffe : Scène 2 (Première partie)

TARTATRUFFE – Entrez, ma chère, entrez.
Harfoise entre.
HARFOISE – Merci mon ami de m'accueillir en votre magnifique demeure.
TARTATRUFFE – Bah. Ce n'est que la plus simple des politesses lorsque l'on n'a pas été élevé dans une basse-cour.
HARFOISE – Tenez - je ne puis m'empêcher de vous en faire part, au risque de passer pour une volaille ou une cochonne - je sens ici comme un relent de poisson gâté ou une effluve de fonds de rivières. Pardonnez-moi, je ne veux surtout pas vous vexer, mais il me semble qu'il est plus honnête et surtout, moins hypocrite, de vous en avertir.
TARTATRUFFE – Oh, mais je ne suis aucunement vexé ma très chère. Maintenant que je m'en souviens, ce stupide individu de Foutreille a quitté cette pièce il y peu de temps. Il sent toujours le poisson, le moisi, les détritus, les rognures, les déjections, les raclures, les déchets, les...
BALDARD – Mais pas du tout monsieur ! Il s'est lavé ce matin, comme tous vos serviteurs.
TARTATRUFFE, sceptique – Ah oui ? Eh bien il faut croire, qu'en son cas, la pourriture soit indécrottable.
BALDARD – C'est peu probable. En revanche, je dois rappeler à monsieur que monsieur est allé, ce matin, pêcher dans les eaux du Gardon.
TARTATRUFFE – Mais je... Enfin, vous oubliez que, pour mon plus grand malheur, je suis revenu les mains vides ! (Plus agressif) Et puis depuis quand...
BALDARD, lui coupant la parole – J'essaye simplement d'aider monsieur. Je me dois également de dire que monsieur est, certes, rentré bredouille de la pêche, mais qu'il oublie toutefois de préciser que sa barque a malencontreusement chaviré et que monsieur est, par conséquent, tombé à l'eau. Qui plus est, ces satanées eaux étant marécageuses, monsieur en est ressorti couvert de vase de la tête aux pieds.
Tartatruffe botte les fesses de Baldard en lui tirant l'oreille et le pousse vers la porte.
TARTATRUFFE, scandalisé – C'en est trop, sors d'ici sale racaille ! Menteur ! Vaurien ! Homme de sac et de corde ! Scélérat ! Gibier de potence !
HARFOISE – Mon dieu, ce que dit cet homme ne peut tout de même pas être vrai ?
TARTATRUFFE, essoufflé – En aucun cas, ma chère ! Ce fripon est le plus malhonnête de tous mes serviteurs. Il n'a pas osé avouer devant vous qu'il avait en réalité glissé sur une pierre avant de basculer, tête la première, dans 4 ou 5 pieds de vase. Je le ferai rosser jusqu'au sang. D'ailleurs, sentez : l'odeur a disparu avec lui, n'est-ce pas ?
HARFOISE, perplexe – Non. C'est curieux, cela persiste. Êtes-vous certain de ne pas avoir mis le pied dans... Je ne sais quoi  ?...
TARTATRUFFE, agacé – Mais enfin, bien sûr que non ! Je vous jure que je n'ai mis le pied nul part et que je ne suis pas tombé à l'eau. Et si l'odeur persiste, c'est que cette andouille de Baldard a sans doute embaumé toute la pièce de sa puanteur.
HARFOISE, dubitative – Oui, peut-être.
 Foutreille entre.
TARTATRUFFE, hilare – Ah ! Ma chère Harfoise, ne cherchez plus d'où viens cette terrible odeur. Je vous présente Foutreille : grand amateur de colombine et autres matières fécales animalières !
Foutreille est cramoisi.
HARFOISE – Oh, le méchant crasseux !
GAVROCHE

lundi 8 mars 2010

Maître Tartatruffe : Scène 1 (Deuxième partie)

TARTATRUFFE, songeur Mais au fait, que dites-vous de ma toile ?
Il lui désigne une ligne noire sur une toile de mauvaise qualité.
FOUTREILLE, l'air gêné – Oh ! Par le sang du Christ ! C'est une merveille, la huitième de notre merveilleux monde ! C'est tout simplement somptueux ! Quel peintre magnifiquement talentueux vous faites, Monsieur !
TARTATRUFFE – Vous plaisantez ? J'ai acheté cette croûte ce matin sur le marché dans le seul but de pouvoir m'en moquer indéfiniment.
FOUTREILLE, bafouillant – Ah. Euh... oui bien sûr, je ne faisais que plaisanter...
TARTATRUFFE, pour lui même – Non mais, quelle canaille que ce misérable Foutreille. Son arrogance commence à m'asticoter sévèrement !
Revenant à la conversation.
Mais par contre, celle-ci est de moi.
Il lui désigne cette fois une toile sur laquelle trône la représentation de latrines, au fond d'un jardin mal entretenu.
J'en suis ma foi très fier !
FOUTREILLE – L’originalité subversive et lumineuse de la broussaille est tout à fait intéressante. Le contraste dans la teinte et la température des couleurs évoquent le mode de pensée du perse Mani, homme prophète du IIIe siècle, joyau de l'orient trop sensible pour des temps trop rudes... Je dirai que ce n'est qu'une feinte pour dévoiler la beauté ombrageuse de la cabine faite en bois dans l'arrière-plan. Je crois que vous - peintre ô combien glorieux ! - avez tenté de dénoncer les conventions de l’art académique, et de leur substituer une formule qui serait plus immédiate et surtout, accordée avec le regard de notre temps. Si l'on m'eut demandé mon avis, j'aurais dit que le personnage central du tableau n'est nul autre que le cloporte gesticulant d'une manière burlesque dans les hautes herbes.
TARTATRUFFE, outré – Bah ! Croyez bien que l'on ne vous aurait pas demandé votre avis. Et savez-vous que vous ne devriez pas parler intelligemment ? Cela vous sied fort mal. À vrai dire, on a tendance à penser que c'est un autre que vous qui parle.
FOUTREILLE – Eh bien non ma foi, ces paroles sont bien de moi.
TARTATRUFFE – Incapable comme je vous connais, je suis bien persuadé que vous ne sauriez reconstituez vos dire précédents. Que voulez-vous... ce n'est pas votre faute si vous n'avez que la cervelle d'un poisson rouge infantile. Et pour appuyez mon court réquisitoire, je me permets de vous citer la fois où vous vous êtes perdu dans le pigeonnier. Pigeonnier dans lequel vous avez donc dû passer la nuit entière... et dont vous êtes ressorti couvert de...
Tartatruffe pleure de rire.
FOUTREILLE, le visage tout à fait rouge – C'était différent ! Je m'en souviens bien. Mais je n'étais pas dans mon état normale...
TARTATRUFFE – Mais, évidemment, ce souvenir doit vous être pénible. Enfin en attendant, c'est votre présence qui m'est pénible... rappelez moi Tridouille et allez donc vous rendre utile. Je crois que le pigeonnier a besoin d'être entretenu (sa transition le fait sourire). Ah et... pensez à mettre en pratique l'astuce d'Ariane !
Foutreille sort sans dire un mot et manque de claquer la porte de la pièce.
Quel mauvais caractère ! En vérité, il faudrait être fou pour se hasarder à énumérer tous ses défauts. Cela prendrait bien des jours... que dis-je ? Des mois ou peut-être même des années. (Il lève les yeux au ciel)
Baldard apparaît, serein.
TARTATRUFFE – Mais que faites-vous ici vous ?
BALDARD – Monsieur m'a sonné il y a environ deux heures, il s'avère que je suis quelque peu en retard. Je prie monsieur de bien vouloir m'en excuser.
TARTATRUFFE – Deux heure de retard !? Ah çà ! Vous ne perdez rien pour attendre mon petit gars. Vous avez de la chance : Harfoise arrive. Mais attendez vous à...
BALDARD – Je me permet de faire remarquer à monsieur que mon retard n'est, en définitive, d'aucune importance, étant donné que, visiblement, monsieur avait fini par oublier qu'il m'avait sonné.
TARTATRUFFE, donne un coup de pied dans le tibia de Baldard – Petit insolent ! Il devait bien y avoir une raison si je vous ai sonné. Mais ne soyez pas trop inquiet, nous réglerons cela plus tard.
BALDARD - Bien monsieur.
GAVROCHE

mardi 26 janvier 2010

Maître Tartatruffe : Scène 1 (Première partie)

En Provence, dans la demeure du sieur Tartatruffe. 
TRIDOUILLE – Maître Tartatruffe ?
TARTATRUFFE – Oui monsieur mon valet, je suis là et il va me falloir vous conter les raisons qui m'ont poussé à réclamer votre détestable présence. Voyez-vous, il me plairait de vous voir cesser vos escobarderies rocambolesques. Peste, oui ! Ne me lorgnez pas ainsi, manant ! Vous n'avez de cesse d'importuner le stupide individu qui fait office de fils dans le fil de ma vie. Songez que malgré sa bêtise démesurée, il reste mon unique héritier - à qui donc je vais, hélas, devoir tout léguer...
À peine le dernier mot prononcé, Tartruffe s'écroule devant Tridouille, hilare.
Triple buse ! Cela vous fait rire ?
TRIDOUILLE, pouffant – Non !
TARTATRUFFE – Eh bien vous avez pourtant ri !
TRIDOUILLE – Mais non...
TARTATRUFFE – Il suffit. En quelques mots, je ne vous y oblige plus : tuez-le. Euh... pardon je veux dire huez-le. Cependant, ce n'est toujours pas une raison suffisante pour briser l'oreille du temple qu'il a récemment bâti. Cet immondice en forme de bestiole exotique. C'est trop laid pour mon parc. Allez-y, dégagez-moi la vue.
TRIDOUILLE – Euh... En fait... Voilà justement où je voulais en venir, Monsieur. L'affaire que vous me proposez là...
TARTATRUFFE, secouant la tête – Non : l'affaire que je vous impose là.
TRIDOUILLE – Soit. L'affaire que m'imposez là me parait bien rude. En effet, comment voulez-vous que je lui casse cette oreille avec le vieux bout de parchemin que vous m'avez refilé ?
TARTATRUFFE – Eh bien... il est vrai que ce n'est pas vraiment efficace. Mais plongez dans les bribes de souvenirs qu'il vous reste... c'est vous qui avez fait ce choix.
TRIDOUILLE – Certes, mais vous conviendrez que le choix était des plus limités : entre des touffes de poils de chat et un parchemin, la besogne me paraissait plus ardue avec la première option pour ainsi dire. Je me suis dit qu'avec un peu de chance, le parchemin aurait peut-être un côté tranchant tandis que les poils de chat...
Tartatruffe l'interrompt pour la seconde fois.
TARTATRUFFE – Il suffit. Vos jactances me déplaisent Allez donc ovationner les latrines, elles aiment ça.
Tridouille sort en faisant la moue tandis qu'entre Foutreille.
Ah vous voilà donc. Comment se porte le salpêtre ? L'avez-vous arrosé ?
FOUTREILLE – Arrosé ? Mais avec quoi ?
TARTATRUFFE – À votre avis ? Avec quoi arrose-t-on le salpêtre ?
FOUTREILLE – Bon sang, je n'en sais fichtre rien !
TARTATRUFFE – Bougre de vaurien, allez donc boire autant de chopine de bière qu'il vous en faudra pour uriner. Vous aurez une certaine idée de l'arrosage du salpêtre.
FOUTREILLLE – Oh non, demandez à quelqu'un d'autre, s'il vous plait ! C'est vraiment merdique ce que vous me dites là...
TARTATRUFFE – Non, ce sera vous, un point c'est tout.
FOUTREILLE – Mais enfin, pourquoi moi ?
TARTATRUFFE, sadique – Parce que cela m'amuse. Bon, à présent, répondez. Comment se porte le salpêtre ?
FOUTREILLE, hausse les épaules – Bof, aucune idée. En vérité... je ne l'ai guère vu. Ou peut-être que je ne m'en souviens plus : ma tête sans chapeau a maladroitement percuté un menhir hier.
TARTATRUFFE – Diable ! Je ne savais pas que des menhirs existaient dans la région. Et il n'y avait aucune mélodie dans le jardin... qu'en a-t-elle dit ?
FOUTREILLE, perdu – Qui donc ?
TARTATRUFFE – La coloquinte au sommet de votre corps difforme.
Foutreille parait quelque peu vexé par les propos émis par Tartatruffe.
FOUTREILLE – Mais, elle a simplement dit : "Aïe ! Ouille !" Enfin... revenons à nos dindons.
TARTATRUFFE – Nos moutons. On dit "revenons à nos moutons".
FOUTREILLE – Qu'est-ce que... euh... bref.
TARTATRUFFE – Passons pour le salpêtre. Venons en aux ruches. Le miel ?
FOUTREILLE – Oh ! À merveille sa forme demeure. Toutefois, je me demande si le fait d'y introduire une dose d'arsenic était une bonne idée. Le garde-champêtre a goutté le miel avant-hier, et il n'a pas pu me cacher qu'il avait un arrière-goût désagréable. C'est d'ailleurs étrange : je ne l'ai toujours pas revu depuis... Bah ! Il est costaud.
TARTATRUFFE – Ah... que ce cuistre aille au diable. Lui et son rejeton m'ennuie chaque jour depuis des semaines. 
GAVROCHE

mercredi 30 décembre 2009

La fumée séraphique de Charleroi

Par une de ces blondes soirées d'été,
Le jour avait laissé place à l'obscurité,
Et la Lune nous embrasait de sa lumière.

Amusé, je m'étonnai sur ces gazelles,
Belles comme des cygnes frétillant des ailes ;
Ghazel chaude d'opale comme une chaumière.

Le silence de la nuit fut Auguste... « Il ment ! »
Oh si ! C'est bien le mot parfait assurément.
D'une latte de fumée j'étais vaincu.

Puis, étalé dans cette herbe à l'aspect étrange,
Une amie m'entraînait vers cette vieille grange.
Qui avait survécu à ce terne vécu.

Soudain, je vis que je n'étais plus un roi.
Et songeant, je ne sais pourquoi, à Charleroi,
J'avais en souvenir mes manières galantes

Plus fermes que le glas de la chouannerie,
Ou que des hallucinations ensorcelantes,
J'errais dans le brouillard d'une rêverie.
NUWANDA

dimanche 15 novembre 2009

Scène

Je me souviens souvent de ces soleils couchants,
Promenant sur leurs ombres des éclats tranchants.

Le pauvre mas au toit de tuiles safranées
Épouse des saules les cimes basanées.
Obstiné, je hantais ce paysage insane,
En rêvant de me métamorphoser en âne...
Le vieillard coupe enfin les tulipes fanées.

Je me souvient souvent de ces soleils couchants,
Des grillons, des cigales, et l'éclat de leurs chants !

L'herbe verte et profonde semblait être un tapis.
Chaque pas excitait tous mes sens – Ah tant pis ! –,
Ils étaient des avalanches de perception.
Les rameaux des saules flattaient les nénuphars
Fleuris dans des eaux embellies par des nectars
Bus des libellules avec une déception
Quand une carpe affamée frôlait les roseaux...
L'âne buvait dans la mare avec les oiseaux.

Je n'oublierais jamais tous ces soleils couchants,
Leur lumière, les coquelicots et les champs.

Sur le rocher, le pêcheur patiente et dénoue
Ses lacets qui le torture comme la roue.
Sa ligne est statique, il somnole, il n'est pas doué
Et il effraye ses proies par son timbre enroué.
Las, il quitte cette scène, pour lui trop floue.
NUWANDA

jeudi 24 septembre 2009

Théâtre d'un autre monde, opus III : l'élève occulte et son maître hypothétique.

CARL - Bonsoir, ténèbres mes vieilles amies. Je suis venu discuter, encore une fois, avec vous.
LA MORT - Tu me sais toujours disposée à t'écouter. Tu sais également que tu peux me rejoindre définitivement quand tu le veux.
CARL - Oui...
LE MAUVAIS ESPRIT - Eh ! Vous me savez loin de ceux qui pensent que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, n'est ce pas ?
Il regarde la Mort.
Néanmoins, je crois qu'il n'est pas tout à fait encore temps pour notre ami de nous rejoindre.
CARL - Vous croyez ?
LE MAUVAIS ESPRIT - Certes.
LA MORT - Soit. Mais encore ? Il ne vous connait pas aussi bien que moi.
LE MAUVAIS ESPRIT - J'estime que si tout est perdu pour la plupart de ceux qui vivent ici-bas, nous pouvons encore en sauver quelques-uns par l'intermédiaire de notre ami Carl. Son esprit pénétrant et transcendant a une puissance de persuasion que je n'ai jamais vu chez nul autre que moi.
La mort arbore un sourire goguenard.
Que signifie ce sourire ? Insinues-tu que je mens ?
LA MORT - En aucun cas, ce sourire tendait plutôt vers une certaine satisfaction dilettante.
LE MAUVAIS ESPRIT, méfiant - Soit...
CARL, sec - En ce qui me concerne, s'il vous plait ?
LE MAUVAIS ESPRIT - Oh j'aime cela ! C'était beau, c'était parfait !
CARL, interloqué - Quoi ?
LE MAUVAIS ESPRIT - Cette impatience caractéristique des grandes âmes. Je vois que mon enseignement ne s'est pas montré vain. Tout y était : le ton tranchant, le verbe incandescent et l'exquise politesse. Je suis à n'en pas douter un professeur doué d'une excellence magistrale. Je suis le meilleur.
CARL - Peut-être bien, mais votre démonstration d'orgueil ne m'aidera pas beaucoup pour la tâche dont vous m'avez investi.
LE MAUVAIS ESPRIT, effaré - Comment ?
LA MORT, narquoise - C'est à croire que le "meilleur professeur" a un élève réfractaire à ses idées !
CARL - Les hommes détestent l'orgueil ; je crains donc que ce ne soit pas une arme qui me soit fort utile.
LE MAUVAIS ESPRIT - Seuls les hommes les plus faibles méprisent l'orgueil. Ces âmes damnées ne nous intéressent pas. Non, ils sont mauvais goût et dès lors déjà gâté. Tu ne te concentreras que sur ceux que tu pourras sauver de l'opprobre.
CARL, angoissé - Mais comment puis-je les reconnaître ?
LE MAUVAIS ESPRIT - Si tu en as déjà sauvé inconsciemment, tu dois faire confiance en ton instinct.
Carl s'arrache les cheveux.
CARL - Mais je ne sais même pas si j'en ai sauvé !
LA MORT - Nous te l'affirmons.
CARL, découragé, tremblant - Mais je ne sais pas non plus comment j'ai fait !
LA MORT - Ce devait être un automatisme...
LE MAUVAIS ESPRIT, fixant Carl - Par mon âme ! Le temps s'est soudainement accéléré et je ne l'avais pas prévu. Étrange. Je sens un très bon état d'esprit en toi. Le désespoir, l'accablement, la détresse, l'incertitude, la souffrance... Ce sont les bases suprêmes d'un esprit supérieur. Oui, tu es apte à terrasser tous tes ennemis et à fuir enfin cet univers trop petit pour ton esprit trop vaste. Il te faut condamner à jamais ces plaisirs insignifiants des breuvages et des aliments. Il est temps pour toi de nous rejoindre en traversant le fleuve tragique et dangereux qui nous sépare pour nous rejoindre, avec tes apôtres, sur notre rive où tu jouiras d'une existence éternelle et sans contrainte, sans les parasites des joies et des misères de la terre. Tu ne seras plus un homme, tu seras bien plus. Ton esprit insatiable de puissance et de prépondérance le requiert. Non, il l'exige ! Et maintenant, nage.
CARL, apaisé, les yeux clos - Oui, Maître.
Il s'effondre dans un bruit sourd.
LA MORT, réprimant un éclat de rire - Voilà, c'est fini !
LE MAUVAIS ESPRIT, un rictus sur son visage blafard - Ma chère, se peut-il qu'il se souvienne qu'il est mon créateur ?

GAVROCHE

mercredi 23 septembre 2009

L'hôpital fictif des anges et des démons.

La file d'attente de l'hôpital
S'allongeait sur huit kilomètres.
Mon bras déchiré sur deux mètres
Plombait ce silence vital.

C'est un sang que nous blasphémons.
Tous morts, tous perdus.
Tous morts, tous perdus.
Anges ou démons ?

Seul dans l'allée de l'hôpital,
Je voyais des blessés, brûlés,
Gâteux, presque-morts, mutilés.
J'en avais un dégoût brutal.

Mais mon bras n'avait presque rien.
Les vieux déambulaient, hagards,
Plein de pisse et de gerbe, blafards.
Moi ? J'étais bien, je n'avais rien.

C'est un sang que nous blasphémons.
Tous morts, tous perdus.
Tous mort, tous perdus.
Pour de bonnes raisons.

Gris de mépris, vide d'envie,
J'exécrais leurs corps squelettiques
Et leurs mines cadavériques,
Bientôt délaissées par la vie.

C'est un sang que nous blasphémons.
Tous morts, tous pendus.
Tous morts, tous pendus.
Anges ou démons ?

C'est un sang que nous blasphémons.
Tous morts, tous perdus.
Tous morts, tous perdus.
Anges et démons.
NUWANDA

vendredi 28 août 2009

Et je marchais.

Je restais quelques heures à l'observer d'un regard passionné, l'âme transportée par le fleuve de l'ivresse amoureuse.
Et je marchais.
Mes yeux fuyaient les siens lorsque, distraitement, elles daignaient les poser sur ma faible et navrante personne.
Et je marchais.
Ô pitié ! Elle m'a aveuglé et brûlé dans un geste qui touche la perfection. Je souffre de cette cicatrice qui ne s'apaisera jamais.
Mais je marchais.
À travers les forces de l'esprit, je l'appelais, je l'implorais, je lui hurlais la grandeur de mes sentiments. En vain.
Et je marchais.
Croyez moi : j'ai fait de mon mieux malgré le puissant ressac d'une volonté autrefois plus que rétive.
Et je marchais.
Mais si elle avait pu voir sa beauté éclatante que je ne pourrai jamais décrire, m'aurait-elle traité de la sorte ?
Je marchais encore.
Je passai devant elle, tête basse, d'un pas décidé, me promettant de ne pas la regarder. Promesse non tenue.
Et je marchais toujours.
Elle s'est tournée de son côté, me présentant sa nuque, son dos... Une consolation tout de même pour quelqu'un qui l'aime.
GAVROCHE

vendredi 7 août 2009

Interview de Jack Kerouac en français (québecois), 1967.



N.B : Certains termes pouvant paraître choquant de nos jours n'avaient pas leur connotation actuelle à l'époque.