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mercredi 30 décembre 2009

La fumée séraphique de Charleroi

Par une de ces blondes soirées d'été,
Le jour avait laissé place à l'obscurité,
Et la Lune nous embrasait de sa lumière.

Amusé, je m'étonnai sur ces gazelles,
Belles comme des cygnes frétillant des ailes ;
Ghazel chaude d'opale comme une chaumière.

Le silence de la nuit fut Auguste... « Il ment ! »
Oh si ! C'est bien le mot parfait assurément.
D'une latte de fumée j'étais vaincu.

Puis, étalé dans cette herbe à l'aspect étrange,
Une amie m'entraînait vers cette vieille grange.
Qui avait survécu à ce terne vécu.

Soudain, je vis que je n'étais plus un roi.
Et songeant, je ne sais pourquoi, à Charleroi,
J'avais en souvenir mes manières galantes

Plus fermes que le glas de la chouannerie,
Ou que des hallucinations ensorcelantes,
J'errais dans le brouillard d'une rêverie.
NUWANDA

dimanche 15 novembre 2009

Scène

Je me souviens souvent de ces soleils couchants,
Promenant sur leurs ombres des éclats tranchants.

Le pauvre mas au toit de tuiles safranées
Épouse des saules les cimes basanées.
Obstiné, je hantais ce paysage insane,
En rêvant de me métamorphoser en âne...
Le vieillard coupe enfin les tulipes fanées.

Je me souvient souvent de ces soleils couchants,
Des grillons, des cigales, et l'éclat de leurs chants !

L'herbe verte et profonde semblait être un tapis.
Chaque pas excitait tous mes sens – Ah tant pis ! –,
Ils étaient des avalanches de perception.
Les rameaux des saules flattaient les nénuphars
Fleuris dans des eaux embellies par des nectars
Bus des libellules avec une déception
Quand une carpe affamée frôlait les roseaux...
L'âne buvait dans la mare avec les oiseaux.

Je n'oublierais jamais tous ces soleils couchants,
Leur lumière, les coquelicots et les champs.

Sur le rocher, le pêcheur patiente et dénoue
Ses lacets qui le torture comme la roue.
Sa ligne est statique, il somnole, il n'est pas doué
Et il effraye ses proies par son timbre enroué.
Las, il quitte cette scène, pour lui trop floue.
NUWANDA

mercredi 23 septembre 2009

L'hôpital fictif des anges et des démons.

La file d'attente de l'hôpital
S'allongeait sur huit kilomètres.
Mon bras déchiré sur deux mètres
Plombait ce silence vital.

C'est un sang que nous blasphémons.
Tous morts, tous perdus.
Tous morts, tous perdus.
Anges ou démons ?

Seul dans l'allée de l'hôpital,
Je voyais des blessés, brûlés,
Gâteux, presque-morts, mutilés.
J'en avais un dégoût brutal.

Mais mon bras n'avait presque rien.
Les vieux déambulaient, hagards,
Plein de pisse et de gerbe, blafards.
Moi ? J'étais bien, je n'avais rien.

C'est un sang que nous blasphémons.
Tous morts, tous perdus.
Tous mort, tous perdus.
Pour de bonnes raisons.

Gris de mépris, vide d'envie,
J'exécrais leurs corps squelettiques
Et leurs mines cadavériques,
Bientôt délaissées par la vie.

C'est un sang que nous blasphémons.
Tous morts, tous pendus.
Tous morts, tous pendus.
Anges ou démons ?

C'est un sang que nous blasphémons.
Tous morts, tous perdus.
Tous morts, tous perdus.
Anges et démons.
NUWANDA

vendredi 28 août 2009

Et je marchais.

Je restais quelques heures à l'observer d'un regard passionné, l'âme transportée par le fleuve de l'ivresse amoureuse.
Et je marchais.
Mes yeux fuyaient les siens lorsque, distraitement, elles daignaient les poser sur ma faible et navrante personne.
Et je marchais.
Ô pitié ! Elle m'a aveuglé et brûlé dans un geste qui touche la perfection. Je souffre de cette cicatrice qui ne s'apaisera jamais.
Mais je marchais.
À travers les forces de l'esprit, je l'appelais, je l'implorais, je lui hurlais la grandeur de mes sentiments. En vain.
Et je marchais.
Croyez moi : j'ai fait de mon mieux malgré le puissant ressac d'une volonté autrefois plus que rétive.
Et je marchais.
Mais si elle avait pu voir sa beauté éclatante que je ne pourrai jamais décrire, m'aurait-elle traité de la sorte ?
Je marchais encore.
Je passai devant elle, tête basse, d'un pas décidé, me promettant de ne pas la regarder. Promesse non tenue.
Et je marchais toujours.
Elle s'est tournée de son côté, me présentant sa nuque, son dos... Une consolation tout de même pour quelqu'un qui l'aime.
GAVROCHE

vendredi 29 mai 2009

Correspondance codée : George Sand - Alfred de Musset

Lettre de George Sand à Alfred de Musset :

Je suis très émue de vous dire que j'ai
bien compris l'autre soir que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
là une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à vous montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir aussi
vous dévoiler sans artifice mon âme
toute nue, venez me faire une visite.
Nous causerons en amis, franchement.
Je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l'affection
la plus profonde comme la plus étroite
en amitié, en un mot la meilleure preuve
dont vous puissiez rêver, puisque votre
âme est libre. Pensez que la solitude où j'ha-
bite est bien longue, bien dure et souvent
difficile. Ainsi en y songeant j'ai l'âme
grosse. Accourrez donc vite et venez me la
faire oublier par l'amour où je veux me
mettre.

Réponse d'Alfred de Musset à George Sand :

Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
Voulez-vous qu'un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d'un coeur
Que pour vous adorer forma le Créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin, de mes vers lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.

Réponse de George Sand à Alfred de Musset :

Cette insigne faveur que votre coeur réclame
Nuit à ma renommée et répugne mon âme.

mardi 28 avril 2009

Le Phare

J'aime ces arômes présents dans la soirée,
L'emprise qu'ils ont sur ma personne m'effraie,
Comme un agneau captif des serres d'une orfraie.
Mais la peur est nulle quand ce n'est que la flore,
Que je vois éclore...

Des promenades dans nos vallées, le Béni,
- Cette chose miteuse au visage terni -
Épargne le lieder au doux ris infini,
Un havre de paix que nous côtoyons enfin,
Doux comme un couffin.

En montagne, les gaves étroits règnent sans partage,
Tandis qu'en plaine, la nature et le grand sage,
Et autres, n'ont vu qu'un fleuve depuis tout âge,
Perpétuel sourire goguenard... Fou ? Fou !
Coup de grisou mou.

Alors apparait cette vie de cimetière ;
Ses fils, pyromanes, sont des tas de litière.
Esprits nocturnes, ôtez moi de la termitière,
Moi, désespéré par cette époque barbare,
Cet Immortel Phare !
GAVROCHE

jeudi 16 avril 2009

Le manoir de Lucas et son amour platonique.

Durant toute sa jeunesse, qu'il avait d'ailleurs trouvé bien longue, Lucas avait rêvé d'un manoir ou d'une luxueuse demeure de type second empire. Il ne réalisa jamais son rêve.

Au fond, c'était pourtant un brave garçon que la vie avait méticuleusement couvé. Elle lui avait épargné toutes les souffrances qu'un garçon de son époque aurait pu endurer. Peut-être ne savait-il même pas ce qu'était la douleur. Il avait eu de bons amis qui lui sont restés fidèles, et bien entendu une famille qui lui a légué une réputation, ou tout au moins un nom. Aussi est-il permis de dire que c'était là un garçon fortuné. C'est d'ailleurs bien simple, tout son entourage chantait ses louanges.

Sa santé était des meilleurs ! Bien sûr, il a probablement été malade quelques fois... mais c'est à relativiser quand on sait combien la jeunesse est fragile... L'a-t-on seulement entendu tousser une fois ? Oui, comme tout le monde, il a bien dû avaler quelque chose de travers.

Son intelligence était exceptionnelle. "Élève très intelligent", "Ira loin"... il avait eu toutes ces appréciations de nombreuses fois sur ses bulletins scolaires. Nul n'osait remettre en question sa culture générale. Il avait, dans ce domaine, démontré maintes et maintes fois sa nette supériorité. En outre, il avait en plus la chance d'être un peintre talentueux. Ces toiles étaient reconnus par la communauté artistique, si bien qu'il en avait déjà vendu quelques unes. Le fameux manoir dont il rêvait devenait chaque jour de plus en plus réaliste.

Mais alors ? Quoi ? Ce diable d'homme n'avait-il donc aucun défaut ? Allait-il parvenir à réaliser son rêve sans rencontrer de difficulté ? Était-il de ses hommes, bourrés de qualités qui rendent jaloux tous leur comparses. Certains l'aiment chaud : le pseudo millionnaire flegmatique prononce le célèbre "Personne n'est parfait". C'est vrai. Même un héros légendaire comme Achille ne l'était pas, son honorable mère n'ayant pas eu la bonne idée de le plonger entièrement dans le Styx. Lucas avait donc un défaut.

La passion. Il était de ces hommes qui font ou qui ne font pas mais qui lorsqu'ils font font tout avec passion. Peut-on parler là de défaut ? Ou de qualité ? C'est à voir. En tout cas, c'est un trait majeur dans un caractère ; combiné à l'amour cela devenait une chose. Quelle chose ? Quelque chose de puissant, une sorte de force que l'on possède mais que l'on ne contrôle pas. Une horreur, en somme. Naïvement, il se croyait à l'abri des sentiments amoureux. Quel pauvre con. Évidemment, il fallut qu'un jour, où il griffonnait sur un carnet un croquis du manoir de ses rêves dans un jardin public, une femme de son âge passe devant lui et soit assez audacieuse pour s'intéresser à ses dessins. Ils se sont vus et revus. Elle lui a dit qu'elle l'aimait. Lucas lui a répondu que c'était un sentiment réciproque. Cette homme et cette femme se sont donc aimés. Amour platonique seulement. En effet, ils partagèrent pendant un moment un amour en dehors de toute sensualité, atypique, excluant tout contact physique.

Il y avait eu un malentendu entre eux. Elle aussi avait un rêve et ce rêve était justement un amour platonique. Cet amour avait pour elle une valeur artistique. Lucas, lui, ne partageait pas les théories du grand philosophe antique. Il voulait un amour simple. De cette divergence a progressivement découlé le conflit et la rupture. Mais encore ? C'est arrivé à tout le monde ou presque. Mais quoi ? "Je te hais." Trois mots qui, rassemblés forment un trident qui arrachent le coeur.

Lucas se souvenait de quelques moment. Elle le regardait peindre, sans parler. Il aimait cela. Il la voyait pencher sa tête, d'un geste mièvre, sûrement pour mieux percevoir le sens de la toile. C'était sûrement un tic. Il se rappelait les moments durant lesquels ils échangeaient leur vision du monde, en le refaisant. Il se souvenait de tout. Sa mémoire excellente était une de ses autres qualités, qui peut aussi ne pas en être une. C'était cela son talon d'Achille. Sa mémoire. Il se souvenait de tout et cela le rongeait. D'autant plus lorsque la femme qu'il aimait et qui l'avait aimé venait de lui avouer qu'elle le haïssait. Dix-huit ans ! Plus de bocks, plus de limonade, plus de cafés tapageurs... Dix-huit ans. Il faisait le bilan de sa dix-septième année, et finissait par la qualifier de météorique.

Il se le jurait, il aurait dix-huit ans dans douze heures. Il les fêterait dans une cour intérieure, en compagnie d'une corde pour briser son rêve, à supposer qu'il soit assez courageux pour assumer sa lâcheté.

GAVROCHE

jeudi 12 février 2009

Va te faire foutre : hommage excessif.

— Eh mec, c'est quoi cette coupe de con ? T'es minable avec cette crête...
— Va te faire foutre.

— Tu sais que t'as vraiment l'air d'un clochard avec tes frocs déchirées ? Ou bien d'une vache... à cause de tes anneaux.
— Va te faire foutre, mec... je vais perdre patience.

— Eh mec...
— Va te faire foutre putain de connard de merde ! Tu me pètes les burnes avec tes conneries ! Tu veux vraiment que je te les fasses bouffer ?
— Eh mec... doucement.

Le téléphone sonne en pleine nuit dans un appartement d'une petite rue de Manchester.

— Allo Lizzy, c'est moi...
— Cool Steve, c'est bon de te parler à cette heure là.
— Merde Lizzy. Arrête avec tes conneries de Hippie à la con. Va te faire foutre. Putain tu te rends compte que je te réveille à 4h00 du mat' et que tu t'en réjouies presque. Putain mais t'es conne ou quoi, réveille toi ! C'est fini toutes ces conneries, les temps ont changé !
— Je suis désolée Steve...
— T'es folle ma pauvre fille... mais je peux pas t'en vouloir. C'est pas de ta faute. Je sais pas quoi faire Lizzy. Je me sens pourri de l'intérieur, j'ai l'impression d'avoir de la merde à la place du cerveau. Je sais d'où ça vient évidemment. Alcool, coke, héro... tout ça me latte la tronche à longueur de journée. Mais je peux pas arrêter, je leur dois tout !
— Mais non, tu ne dois rien à personne.
— Lizzy, t'es à côté de la plaque, tu ne comprends rien. Va te faire foutre.
— Steve ?

Steve a raccroché. Steve parle à un pote dans une rue paumée de la ville noire. Steve s'emmerde.

— Steve, va te faire foutre ! T'as oublié qui tu es ou quoi ? Tu doutes de ces conneries... mais t'es une connerie toi même. T'es de la merde humaine, comme nous tous. Tu sens le purain, t'as une gueule de con, bref tu ressembles à rien. On est tous des bouses. Pauvre con va, t'es de la même matière que nous.
— Je sais, je sais... mais ça me fait chier. Je ne comprends plus rien, je suis détruit de l'intérieur. Y'a plus rien qui répond là haut.
— Y'a rien à comprendre, à part que t'es un connard au dessus des autres. La crème des merdes dans la benne à ordure. Ah chiotte, c'est complètement con mais c'est comme ça.
— Putain j'en ai ras le cul de me faire insulter dans la rue.
— Tabasses les.
— Je pensais qu'on avait raison, qu'on était l'élite du pays.
— On est l'élite des rats puants. On grouille de puces. Des puces qui répandront la peste dans toute la société. Va te faire foutre ! Oh ouais, merde ! Ca fait du bien de le dire, va te faire foutre !

Steve parle à Lizzy.

— Steve, t'as pas été gentil avec moi hier soir. On ne raccroche pas comme ça.
— Va te faire foutre Lizzy. Tout m'emmerde. Putain ! Milles décharges m'ont lacéré le cerveau. Il faut que je fasse quelque chose, mais j'ai la trouille. J'ai vraiment la trouille.
— Peut-être que tu as la trouille parce que tu ne sais pas quoi faire. C'est ça ? Tu ne sais pas quoi faire.
— Si.
— Non Steve. Tu es trop vieux pour perdre ça, trop jeune pour choisir ça.

GAVROCHE

mercredi 14 janvier 2009

J'aime, tu aimes, il aime...

Elle te regarde.
Tu la dragues.
Elle te plait.
Tu l'aimes.
Vous sortez ensemble.
Vous vous fiancez.
Et vous vous mariez.
Elle tombe enceinte,
Plusieurs fois.
Vous avez des enfants.
Vous élevez vos deux gosses.
Vous vous lassez.
Et vous ne vous aimez plus.
Vous vous haïssez.
Vous divorcez.
Et tout recommence à zéro.

GAVROCHE

jeudi 3 juillet 2008

L'épine salée d'une addition morte.
[Premier poème de la série des chants]


L'addition sera pour toi Méphisto.
Tu paieras le meurtre de la tulipe.
Le troupeau te voit, il fuit aussitôt,
Je le veux, démon, envoie leur la grippe !

Eh ! Tu trépasses sur l'épine.
Non ! Mon maître a la joie lyrique.
Les gouttent tombent chez Proserpine,
Un son pur nous sort de l'Afrique...

L'addition était pour toi Méphisto
Je paierai le crime de ton supplice
Pardon Maître ! Et congédie ton couteau,
Je te suis, la mort sera un délice.

Je hais ces charognes, drêches de rognures !
Leur routine nous rendent inhumain...
Je hais ces charogne, drêches de rognures !
Suis donc le sentier du désert romain.

Allez, viens !
Ouais
Suis mon ombre !

Elle peint sur moi, un jolie rond sombre,
C'est la mort qui assomme ma raison.
Oui, nous sommes seuls, bien seuls dans la pénombre,
Plus d'espoir, plus aucune guérison...

Serais-tu l'amie des lapines ?
Es-tu dans l'océan d'alcool ?
Songe à l'orge qu'aiment tes copines.
Ouais ! Je vais arracher ton col.

Bien, tu peins sur moi de jolies ronds sombres.
J'assommerai le fauteuil fait d'argent,
Et on ira sur le temps en décombres,
Et j'oublierai ce fauteuil affligeant.

Enlève moi, partons vite, enlève moi !
Jusqu'à ce que nous puissions nous asseoir.
Enlève moi, partons vite, enlève moi !
Et je paierai l'addition de ce soir...


SPLEEN BUCOLIQUE

dimanche 22 juin 2008

...

Louis XVIII à qui on proposait de retirer Voltaire du Panthéon, redevenu un lieu de culte catholique:
"Laissez-le, il est bien assez puni d'avoir à entendre la messe tous les jours."

vendredi 6 juin 2008

Spleen Bucolique, où l'innocence...

Sombre, discret, intelligent, manipulateur, fou, mais pas innocent. Bêtise, non, Spleen Bucolique innocent n'est pas. L'innoncence, c'est certes celui qui n'a rien à se reprocher, celui qui est exemplaire, qui est incapable de faire du mal, mais l'innocence, c'est aussi la naïveté, et il est affreux, que dis-je scandaleux de qualifier Splenn Bucolique d'innocent. Nous en concluerons donc que Spleen Bucolique est coupable, car lorsque l'on est pas innocent, nous sommes forcèment...coupable. Mais coupable de quoi ? De ne pas être naïf ?Plaide coupable, Spleen Bucolique, ici se fera ton procès. Quoi ? Que m'apprends t-on ? Des protestations ? Braillez, Spleen Bucolique, le coupable sera jugé, quoi qu'il arrive. La noirceur, la discretion, l'intelligence, la manipulation, la folie ne font pas bon ménage dans ce monde froid...et naïf. Alors fuis, Spleen Bucolique, fuis dans un bateau traversant cette océan bleu pour finir à la naissance de la liberté.

Fuis, Gavroche te rejoindras en 1969.

samedi 31 mai 2008

Je ne vous entends pas.

Le badaud imbécile reste béat quand il nous voit dans nos parcs, les royaumes que nous nous sommes adjugés.


– Nous reconnais-tu, misérable individu ? demandai-je à l'un d'entre eux.


– Jeune homme, restez donc correct ! Abandonnez ce ton grossièrement déplaisant. Je suis votre ainé de plusieurs dizaines d'années et je ne saurai tolérer qu'on me traite ainsi.


– Pourfendeur de l'Humanité, je t'ordonne de répondre à ma question ! Nous reconnais-tu, citoyen de l'opprobre ? Excrément de la terre ?


– Ah ! Non, décidément vous n'êtes pas agréable, et encore moins respectable. Vous n'êtes qu'un rescapé d'une certaine époque. Le fils d'un de ces bons-à-rien. Un voyou plus vil que ceux d'avant ! On me l'aurait dit à l'époque, je n'aurais pu le croire. Mais pourtant...


– Ah ! Vieil homme insignifiant, tu n'as pas tort sur tout. Oui je diffère de mes ancêtres spirituels. Lorsque je me contemple dans un miroir, j'aperçois les derniers sursauts d'un peuple décimé et une situation désolée. La vie maudite, que tu bénis tant, m'a tout simplement pris la joie. Observe-moi ! Ne vois-tu pas que je n'ai que le sourire en moins ?


– Mutant, tu es un mutant. Un de ces rêveurs qui pêchent à chaque instant et qui finit par mourir de faim. Un jour tu vomiras ton âme et je rirai de ta mort !


– Ma ruse est telle que je veillerai à la propulser dans une bassine. De la sorte, je n'aurai aucun mal pour la ré ingurgiter. Je me délecterai des résidus putréfié qui m'ont conduit jusqu'à la nuit belle comme une prune mûre. Tu vis dans le verger maudit. Le verger rectiligne qui nourrit toutes les foules et dont l'existence est incompatible avec le sens de l'excès. Je crois à l'excès. Aujourd'hui, je te ferai dire que quelque chose a changé. Demain, tu regarderas les pupilles de mes yeux dilatées et tu sauras que je serai différent. Ce sera l'Après. Ah ! Tu es donc nauséeux avant moi ! Tu vas devoir vomir tes infectes paroles... et les nettoyer, fors si tu as une quelconque forme d'honneur. Monsieur le prudent. Monsieur le grotesque. Monsieur le moribond. Ne me reconnais-tu donc plus ? lui demandai-je une fois de plus en lui attrapant le bras.


– Vous êtes le démon ! L'odieux maître du pentacle, descendu sur terre, et lâchez-moi ! me crie-t-il d'un air apeuré.


– Pesteux, je te prie de ne pas m'insulter. Miséreux, la pitié que tu m'inspires me force à te plaindre. Si tu souffres, tu dois aller chercher le secret le mieux gardé qui soit. Ne vois-tu pas mon porte-voix ? J'appartiens à la dernière génération du rêve ! Celle qui est en voie d'extinction, celle qui est étouffée par les imposteurs Celle qui n'a plus grand’ chose... celle qui sans cesse pense trouver la flamme d'un œil créateur, mais qui obtient de ses expiateurs des douleurs épouvantables qui n'abandonnent jamais le pugilat qu'elles nous imposent... et qui sont toujours présentes. Tu as peur et tu pleures. Je m’ennuie et je pars.



SPLEEN BUCOLIQUE

samedi 10 mai 2008

Jaune orange


Les fruits jaunes colorent le papier de lys,
Sous les yeux affables des passants lunatiques,
Qui, parfois, s’inquiètent de ce parfum d’anis.
Mais, aucun n’en voit les côtés pratiques.

Et les routes crépitent de graviers orange.
On envie l’odeur des gousses de vanille,
Engluant nos esprits d’une saveur étrange,
Et notre corps qui, d’ordinaire, ne vacille.

Les bananes éclatent, fracassent le ciel jaune :
Un tonnerre de fruit et de bus en carton !
Tout est jaune, y compris, donc, la flore et la faune.

Mais tout est orange, pour nos jambes en coton.
On fuit, l'on se réfugie dans ce cher verger,
Orange et jaune, où le temps n’est pas un berger.

SPLEEN BUCOLIQUE

Le ciel murmure.

En notre beau mois de mai, j’aime ne rien faire. J’aime à me faire paresser quand le soleil voilé balaie les regards des plus arrogants. Je suis le seul à pouvoir contempler le disque solaire, droit dans les yeux. Il ne me blessera pas, il ne me brûlera pas, car je crois en lui, car il me protège.

Et les pelouses sont vertes mais mal taillées. On s’y vautre, l’esprit vagabond, le corps courbaturé par les efforts des jours précédents, et l’on se dit que certaines combustions valent plus que d’autres dans des moments pareils. Les arbres indiscrets, qui parfois nous privent des éclats de lumière du soleil, nous admirent de toute leur hauteur. Ils forment le bras armé de la Terre contre les gaz nauséeux et nous les supportons en pensant parfois que nous sommes des menteurs.

Je regarde passer les carrosses en observant les beaux cheveux poudrés et les robes excentriques qu’ils renferment. Sur leur passage, dans un formidable élan de lucidité, tous les magnolias de la haie leur envoient quelques unes de leurs nombreuses fleurs, de telle façon que l’on comprend que la nature salue toujours la beauté lorsqu’elle se manifeste sous la forme humaine. Les dames rient de cet instant qui, de par son étrangeté, me glace et le sang et les yeux.

La maison des papillons a été détruite. Et les libellules s'enfuient par crainte du temps - qui était si suave et bénéfique dans l'ancienne mesure - maudissant tout ce qui a le bonheur d'être charmant et gracieux. Elles ne marivaudent plus de tiges de jonc en tiges de jonc sur les rives des mares et des étangs, comme les papillons ne papillonnent plus de tulipes en tulipes dans les vertes prairies. Et je vois une sphère... survolée par une mésange multicolore ! Elle fait son nid sur une dalle de carrelage froide comme la banquise. Les œufs n'éclosent pas. Et l'on se souviendra de ce qui n'existe plus.

Les bouteilles de verre me semblent être d'acier. Elles me frappent, telles des gourdins en furie cherchant inlassablement à punir l'innocence incarnée que je suis. On me hue de tous les côtés. Mais qu'est-ce que cela que peut me foutre ? Elle, elle ne me voit pas. Et je me perds dans des songes qui n'ont plus rien de leur nature originelle. Peu importe. C'est ainsi. Je m'évanouie, dans des vapeurs alcoolisées qui me rappellent tout et qui ne me rappellent rien. Ma conscience se joue de moi, entre en transe et m'abandonne à mon sort. Je suis épuisé, et je suis ivre.

Les chants des hiboux me réveillent doucement. Le son qui s'échappe de leur bec est melliflu, et je l'écoute comme vous écoutez le chant des oiseaux de bon matin. Le ciel est couvert de nuages aux reflets mordorés, des nuages, qui parfois, laissent apparaitre le rayonnement du soleil.



SPLEEN BUCOLIQUE

lundi 21 janvier 2008

Le Limon

Aux confins de l'étang d'un bleu tonitruant,
Se dandine une brise de limon gluant.

C'est une algue grise, sur les rivages humides
Qui appâte la ferveur des poissons timides.
Le plongeur démasqué rie de leur veulerie
Quand, tous petits, ils sortent de leur sablerie !

Aux confins de l'étang d'un bleu tonitruant,
On se bat dans la flore d'un limon gluant.

Et le plus fiévreux des poissons s'échoue et meurt.
Son corps si fin laisse une douleur sans humeur.
Non ! Ne pleurez pas, songez aux airs mélodieux.
C'était une perle de sable dans vos yeux.
Ses compagnons l'oublient, radieux et sans adieux.
C'était une perle de sable dans vos yeux.

Aux confins de l'étang d'un bleu tonitruant,
La mort vient dans la faune d'un limon puant.

Et la troupe, transie par la fraicheur des eaux,
Ballote ses écailles mièvres dans les flots.
L'étang se vide, seuls subsistent les roseaux,
Et la faune tombe de ses derniers sanglots.

GAVROCHE