lundi 26 janvier 2009

La chronique des condamnés, 706 Ad Urbe condita, Rome : Aulus Cornelius parle.

Témoignage d'un individu de sexe masculin.

Si, soudainement, la Liberté se matérialisait sous la forme d'un arbre, elle serait un saule pleureur... aux branches sèches et friables, comme tous végétaux ayant subi un méchant coup de gel à l'avènement d'un printemps fallacieux.
Patriciens et plébéiens, votre condition n'y fera rien, votre sort sera le même : entendez moi maintenant ou abandonnez pour toujours tout espoir de vivre librement. Que vous viviez à Rome, en Hispanie, en Gaule narbonnaise ou aux environs de Carthage, vous ne pourrez jamais plus dire : "Je suis libre".

Non, il n'y a aucune forme de folie en moi. Non, je ne cache pas le moins symptôme de paranoïa. La Constitution de la République a été violée. Nul n'avait le droit de s'imposer en chef d'état par la force. Nul militaire n'avait le droit de franchir le Rubicon, armé... qui est plus flanqué d'une légion composée de millier d'hommes. Et enfin, nul n'avait le droit de se faire nommé dictateur à vie. Aujourd'hui, Caius Julius Caesar est devenu Imperator Caius Julius Caesar Divus.

Ouvrez les yeux ! Voyez que dans ces tragiques évènements, le plus alarmant est que personne ne les conteste. Où est votre amour de la liberté, cet amour que Rome a voulu porter dans le monde entier ? Je me sentais autrefois fier d'appartenir à ce grand peuple, mais aujourd'hui, je ne sens plus rien... Aulus Cornelius est-il encore romain ? Oui, je suis né romain et je le resterai. Je suis romain ! Autrefois, je le disais... Que dis-je ? Je le criais. Désormais, je le chuchotte, tout bas, tout bas.

J'aime cet arbre de la liberté, qu'il soit un saule, ou n'importe quel autre arbre. Nous devrions tous l'aimer, à commencer par ceux qui en sont garant : le consul et le sénat. Hélas ! Ce sont justement eux qui le malmène. Des lois répréssives sont votées par le sénat, le dictateur à vie multiplie les atteintes au droit d'expression. On s'attaque aux branches de l'arbre, et bientôt au tronc, avant de le déraciner ! Une fois ce stade atteint, peut-être consentirez vous à verser quelques larmes sur sa dépouille. Il sera trop tard.

Je n'ai pas d'illusion, c'est une fatalité, mon combat est vain mais je garde mon honneur en le menant jusqu'à son terme, vers une défaite certaine. Le peuple aime les pouvoirs forts tant que ces derniers les flattent et leur disent ce qu'il veut entendre. On m'implore, on me dit : "Taisez vous, ou ils vous tueront !" Je ne cesserai de protester, je protesterai même pour tous ceux qui ne l'osent pas. Mon avenir ? Si j'avais été Athénien, on m'aurait fait boire la cigüe, comme on l'a fait pour Socrate. Mais je suis romain, ce sera donc le crucifix. Je vais mourir, qu'importe ! Quand la liberté est en danger, les morts se réveillent.

SPLEEN BUCOLIQUE

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Veni, vidi, vici...

allez, avé cher Gavroche et merci pour cette leçon d'histoire...

Anonyme a dit…

Bonjour Ami Gavroche.
Je te remercie de ton passage par chez moi! Cela fait longtemps déjà que pour ma part, je mène souvent mes pas par ici, ne m'attardant que peu, mais savourant toujours l'instant de mon passage en ces lieux, ces idées, et ces mots.
A bientôt, je l'espère.
Bonne continuation!


Lully.

Anonyme a dit…

bonsoir Gavroche !
J'aime lire tes textes. Ils captent le lecteur. Il plane un mystère dans tes écrits.. quoi que tu écrives, ce mystère est mis en relief. J'aime beaucoup. $bonne soiré, cher Gavroche et merci de ton commentaire sur mon blog de nouvelles sur over-blog..
clémentine S.

Castelfano a dit…

qui etes vous VRAIMENT ? 18 ans cela m'étonnerait...

Gavroche a dit…

J'aimerais avoir deux ou trois ans de moins, mais non, il faut bien que je m'y fasse je viens d'avoir 18 ans. C'est ainsi.